La fraude dans le RĂšglement sur les services de paiement : analyse et discussions

Arthur Legourd - QomboArthur Legourd | Updated on 12/5/2024 | 3 min read

đŸ›ĄïžContexte

La DSP2, adoptĂ©e en 2015, a rĂ©volutionnĂ© l’univers des paiements en Europe, mais son application a rĂ©vĂ©lĂ© des zones d’ombre et des divergences. Face Ă  ces dĂ©fis, une refonte s’impose pour accompagner l’évolution des usages et renforcer l’harmonisation des services de paiement Ă  l’échelle europĂ©enne.

Le 28 juin 2023, le Parlement europĂ©en a publiĂ© une proposition de rĂšglement sur les services de paiement dans l’UE (RSP1) avec un objectif clair : clarifier, amĂ©liorer la protection des consommateurs et mieux lutter contre la fraude. 

Le 23 octobre dernier, le Conseil de l’UE, actuellement sous la prĂ©sidence de la Hongrie, a communiquĂ© ses suggestions de rĂ©daction concernant RSP1, qui, sans prĂ©sager de la version finale, donnent des orientations sur des sujets clefs.  


Nous avons analysé son apport, notamment sur un enjeu critique : la fraude, à travers deux axes majeurs :

  • Le partage des donnĂ©es de fraude
  • Le remboursement des victimes de fraude


🔍 Lutte contre la Fraude – Élargissement du type de donnĂ©es partageables


RSP1 introduit la possibilitĂ© d’échanger des donnĂ©es sur les opĂ©rations frauduleuses entre prestataires de services de paiement (PSPs) :

Dans les versions prĂ©cĂ©dentes du texte, le partage des IBANs considĂ©rĂ©s comme frauduleux avait suscitĂ© beaucoup d’intĂ©rĂȘt et de questions des diffĂ©rentes associations bancaires notamment sur le besoin d’étendre le champ des donnĂ©es partageables au-delĂ  de l’IBAN.

Dans cette version, il est prĂ©vu que les noms, prĂ©noms ou identifiants des entreprises associĂ©s aux transactions frauduleuses puissent ĂȘtre partagĂ©es entre les PSPs. 

Cette modification du texte doit faciliter l’échange de donnĂ©es de fraude et permettre de nouveaux cas d’usages de partage d’informations Ă  l’échelle EuropĂ©enne.

Ce texte vient complĂ©ter l’initiative VoP (Verification of Payee), prĂ©vue par l'Instant Payment Regulation, qui imposera la vĂ©rification des titulaires des IBANs avant paiement aux PSPs Ă  partir d’octobre 2025.


Quelles perspectives pour le partage d’informations ?

RSP1 recommande également aux PSPs d'explorer des cas de collaboration intersectorielle et de ne pas se limiter au partage entre acteurs du paiement en collaborant avec les opérateurs télécoms et les plateformes de réseaux sociaux pour mieux lutter contre la fraude sans pour autant définir de cadre sur ce sujet.


⚖ Remboursement des victimes - Un cadre plus prĂ©cis

RSP1 renforce la protection des consommateurs en Ă©largissant la dĂ©finition des opĂ©rations de paiement non autorisĂ©es et donc devant ĂȘtre remboursĂ©es, ainsi que les obligations de surveillance des transactions. RSP1 engage Ă©galement la responsabilitĂ© des prestataires techniques. 

Un PSP est responsable si un consommateur est manipulĂ© par un tiers se faisant passer pour un employĂ© du PSP, afin d’autoriser une opĂ©ration de paiement. Cela s’applique Ă  condition que le consommateur signale rapidement la fraude Ă  la police et informe son PSP. Aucun remboursement n’est accordĂ© si ces dĂ©marches ne sont pas respectĂ©es.

Le texte allonge le dĂ©lai de traitement d’une demande de remboursement de 10 Ă  15 jours. Dans ce dĂ©lai, les banques doivent rembourser la transaction contestĂ©e ou justifier leur refus.

Contrairement Ă  ce qui vient d’ĂȘtre mis en place au Royaume-Uni, le texte ne prĂ©voit pas de remboursement automatique des victimes. L’objectif Ă©tant d'Ă©viter une baisse de la vigilance des consommateurs qui reste le premier rempart face aux tentatives de fraudes.


📱 Conclusion

La mise en application du RSP1 devrait considĂ©rablement amĂ©liorer le travail de lutte contre la fraude des PSPs avec le dĂ©veloppement de cas d’usage de collaboration. Le cadre de remboursement des fraudes, bien que renforcĂ©, reste prudent pour Ă©viter les excĂšs potentiels.



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